Un livre doit être la hache qui fend la mer gelée en nous.
Kafka

Vient de paraître

nunca más

plus jamais

Roman

prochaines rencontres

Samedi 27 juin 10h, rencontre à la bibliothèque de Laruscade 33.

17 et 18 octobre, Salon du Livre d’Hermillon, Haute-Savoie.

20, 21 et 22 novembre, Salon de la Littérature européenne de Cognac.

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Le nouveau roman d’Allain Glykos parle de la violence conjugale dans le regard d’un témoin.

Un roman sur la lâcheté des hommes qui frappent leur femme et celle des hommes qui laissent faire sans rien dire.

Un témoignage où se mêlent les prétextes fallacieux et les réflexions sur le courage, la peur, la transparence, le silence, la force et la fragilité.

Tout se passe une nuit, dans un Parador espagnol, sur la toile de fond de l’art. La bassesse peut-elle se protéger derrière le paravent du sublime ?

extrait de l’ouvrage

L’hôtel prend à mes yeux l’allure d’un château fort qui soudain se découpe sur un fond invisible. Je me sens prisonnier, la chambre devient geôle, dans ma tête poussent des barreaux auxquels pendent, comme du petit linge, des appels de détresse. Et si tout cela n’était qu’un cauchemar ? Quel vieux démon en moi me pousse à imaginer pareille situation. Je n’ignore rien de la part d’ombre qui, de chacun de nous, fait un monstre probable. Si j’appelle au secours, qui d’autre que moi entendra ? Que puis-je ? Quelle part de moi aura assez de force pour venir à la rescousse de celle qui sombre ?

Un cri, dehors, ponctue mes pensées. On le dirait poussé de notre propre chambre. La nuit, les bruits circulent, se faufilent et toujours nous avons de la peine à les localiser, si bien que nous finissons par croire qu’ils sont partout, qu’ils sont en nous. Peut-être ne perçois-je que le claquement du vent sur les branches et le hululement affolé d’une chouette bousculée dans sa quête nocturne. Tout devient effrayant loin de chez soi à entendre des grincements, des grondements inhabituels.

Caché sous le drap, je ne vois que des portraits de Soutine, des visages de Bacon, des quartiers de viande empruntés aux étals d’esthétique. L’art s’interpose entre moi et ce monde où chaque bruit me retient par la puissance de sa couleur. Je suis condamné à supporter toujours la boiterie de mon âme.

D’où me vient ce dénuement, cette incapacité à me saisir par le col, à m’extirper du lit pour me prouver que je suis un homme, un vrai ? Demain, quand le jour blanchira tout ce qui à cette heure est dépourvu de teinte, je longerai les murs, baisserai la tête, regarderai mes pieds plutôt que le regard des autres. Quand bien même personne ne saurait jamais que je suis resté pelotonné dans mon lit à attendre la fin des hostilités, il me sera pénible de penser que l’homme que l’on saluera en l’appelant Monsieur ou Señor peut-être, n’est qu’un couard. Comment dire à Clémence, vous marchez à côté d’un couard ! La honte sera sur mon front et les femmes la liront, comme on lit des aveux jamais prononcés dans les yeux des coupables, comme on lit la détresse dans le regard de l’enfant. Elle sera tangible, se nichera dans mes rides et demain il n’échappera à personne que j’ai quelque chose à cacher. Je les vois d’ici avec leurs sourires narquois, leurs messes basses. Ils n’en finiront pas de me toiser, de me montrer du doigt, de me désigner comme celui qui n’a pas porté secours à la femme en danger. Les enfants me jetteront des pierres, les femmes peut-être même me cracheront au visage et les hommes m’insulteront.

Il n’y a donc personne dans cet établissement avec qui je puisse partager ma trouille ? Quelqu’un qui me conforterait dans l’idée qu’il n’y a rien à faire, que ce ne sont pas nos oignons, comme on dit. Savez-vous, Monsieur, si elle pleure de douleur ou de plaisir ? Oui, absolument, j’allais me mêler de ce qui ne me regarde pas. Merci d’avoir su dire ce que je ressentais confusément.

Où sont les mots qui sauvent ?

Vous avez raison, laissons-les s’aimer comme ils veulent. En attendant que vienne à ma rescousse un improbable voisin, je demeure seul, au fond de mon lit, à faire toutes sortes de suppositions sur celui qui trouble ma nuit.

Peut-être, est-ce l’homme qui a quitté la salle de restaurant en tenant sa femme par l’épaule. Comment serait-ce possible ? Il doit bien y avoir d’autres clients. Ils seront rentrés plus tard ou bien n’auront pas dîné à l’hôtel, ils auront regagné directement leur chambre.

J’ai envie de hurler. Hypocrisie dans un hôtel de luxe. Longtemps, j’ai cru que la violence conjugale ne pouvait advenir que dans les vieux quartiers où vivent les pauvres gens, ceux de mon enfance. Il me revient en mémoire des cris, de l’autre côté de la rue. Le père rentrait tard et frappait, frappait. On entendait hurler les fillettes. Il me revient cette femme qui au petit matin marchait dans la rue, blême, voûtée et portant sous la pluie des lunettes de soleil. La violence était là, ne pouvait être que là. Nous avions endossé une cotte de mailles, un gilet pare-balles qui nous protégeait contre l’intolérable.

Bibliographie

1. Les écailles d’argile, éd. Phalène, Périgueux, 1984.

2. Les résidences de l’inquiétude, (recueil de nouvelles), éd. de L’Aube, 1989

3. Ecrire avec et sans ordinateur, éd. Delachaux-Nietslé, Genève, 1993.

4. Montesquieu, hôte fugitif de La Brède, éd. Christian Pirot, Mars 1994

5. Les boîtes, suivi de la décision, (récits) éd. L’Escampette, septembre 1994.

6. Saint Pierre, (à propos d’un quartier de Bordeaux) éd. Confluences, avril 1995

7. Les lécheurs de pierre, (poésie) éd. l’Escampette, septembre 1995.

8. Parle-moi de Manolis, roman, éditions de l’Escampette, 1997, rééditions 1998 et 2006. Traduit en grec sous le titre

9. La rue Sainte-Catherine, éditions confluences, Bordeaux, 1999.

10. Les mémoires de l’eau, éditions L’Escampette, 1999.

11. Le silence de chacun, roman, Escampette (janvier 2002).

12. A proprement parler, récit, Escampette, mai 2003.

13. Manolis de Vourla, roman pour la jeunesse + DVD : Manolis un voyage dans le siècle, éditions Quiquandquoi, Genève, 2006.

14. Faute de parler, roman, Escampette, 2006.

15. Aller au diable, roman, Escampette, 2007.

16. Nunca más, plus jamais, roman, Escampette, 2009.

Aller au diable

Aller au DiableAller au diable met en scène un personnage qui semble pure création littéraire. Roman de désapprentissage, de retour à l’état animal, c’est un livre secret, souvent inquiétant, parfois apaisant. Antoine, jeune homme instruit, décide après son bac de partir, sans destination précise, mais sûr de vouloir tout oublier, de se libérer d’une éducation étriquée, de ne laisser aucune trace, pour rejoindre un monde sans mots, sans bruits et bientôt sans sentiments. Son mutisme et ses comportements chamboulent alors nos repères de lecteur raisonnable. Madeleine, la femme qui accepte un jour de le suivre, ne comprendra rien à cet homme brutal dont les motivations, jusqu’au bout, lui resteront mystérieuses.

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Je voudrais partager avec vous un coup de coeur qui est, en fait, plus qu’un coup de coeur : c’est un coup au coeur, car le livre dont je vais vous parler fait partie des livres dont Kafka disait qu’ils brisent la mer gelée qui est en nous. Ce livre est un livre des éditions L’Escampette. C’est un livre d’Allain Glykos, qui s’appelle : Aller au diable. Et c’est un texte qui se campe au début du XXe siècle. Un jeune homme, relativement brillant bien qu’issu d’une famille modeste, va arriver à passer son baccalauréat, et le jour de la fête organisée par ses parents pour célébrer son baccalauréat, ce jeune homme va partir, va quitter sa famille et se mettre à marcher. Et là, le livre va nous emmener dans cette déambulation qui ne s’arrêtera bien entendu qu’à sa mort. Ce livre est absolument bouleversant. Je voudrais dire que c’est un texte qui, par la prose d’Allain Glykos, nous emmène dans une déambulation vertigineuse, absolument dramatique et qui nous fait voir, nous fait entrevoir l’animalité qui est en nous. Le héros, Antoine, et là, je reprends la quatrième de couverture du livre, «décide un jour de ne plus participer à la vie des hommes. Il rompt toutes les amarres. Il fut un jeune garçon intelligent, il veut désapprendre…». Et en fait, on voit là un peu cette fascination que peuvent avoir certains individus qui, abandonnant tout, essaient d’aller au plus profond de l’être humain, et l’être humain parfois révèle une animalité, une bestialité dont la littérature est bien entendu pleine. Il y a une phrase qui est un peu un leitmotiv dans ce court roman. Antoine répète à la pauvre femme qu’il a rencontrée et qui le suit dans ses déambulations, à chaque fois qu’elle lui demande : «Mais où vas-tu ?», il lui dit : «Je vais où je suis.» Et il y a également une phrase dans ce livre qui est absolument fantastique sur la déambulation qui est en fait la déambulation de tout homme dans la vie : «Il n’était que du pied qui se pose, oublie sa trace et jamais n’anticipe le morceau de terre ou de vase qui portera le pas suivant.» À la fin de cet ouvrage, on est absolument bouleversé parce qu’il a fait miroir sur les interrogations de tout homme qui pense un peu à sa vie. Et je dois dire que la recommandation que je donne à tous mes clients, c’est de lire ce livre d’une traite et de participer à cette déambulation qui nous laisse à la fin, à la dernière page, absolument épuisé. C’est un livre remarquable. Courez l’acheter !

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